Pour la première fois depuis sa création en 1933, le prix Albert Londres, qui récompense les meilleurs grands reportages francophones, foule le sol africain. Et le choix du Sénégal pour abriter l’événement est loin d’un hasard. Car l’homme dont il porte le nom, Albert Londres, Père du grand reportage, s’y était déjà rendu il y a de cela 80 ans pour les recherches de son ouvrage Terre d’ébène.
Chambre de commerce de Dakar, bâtiment datant de 1909, lieu dont Albert Londres a certainement arpenté les couloirs à la recherche de documentation parce qu’autrefois servant de bibliothèque. C’est en ce même endroit que 80 ans après le décès de celui dont il porte le nom, le prix Albert Londres a fait son "baptême" de l’Afrique. Un baptême au cours duquel, bercés par la chaleureuse musique mandingue de l’artiste sénégalais Ablaye Cissoko, les noms des lauréats du prix 2008 ont été rendus publics.
En presse écrite, Benjamin Barthe arrive en tête de liste pour ses articles essentiellement consacrés à Gaza et publiés dans le Monde et l’Express entre Avril 2007 et Janvier 2008. Ont également obtenu des voix dans le médium, Rama Sore de l’Evénement au Burkina-Faso et Olivier Guez du Monde 2.
Du côté de l’audiovisuel, Alexis Monchovet, Stéphane Marchetti et Sébastien Mesquida tirent leurs épingles du jeu, grâce à "Rafah, chroniques d’une ville dans la bande de Gaza", un film de 52 minutes diffusé sur France 5. Ils sont tallonnés par Philippe Levasseur et Dagueressar "Dans les pas de Mahatma", Romain Icard et Jean-Yves Cauchard "La shoah par balles " et Corentin Fleury "Bagdad la guerre sans fin".
Agés de moins de 40 ans, ces journalistes confirmés grands reporters partent chacun avec une médaille à l’effigie de Albert Londres, "Œuvres complètes" et "câbles et reportages", des œuvres posthumes du même auteur et la mission plus que jamais ardente de "mettre les plumes dans les plaies". Car, pour le père du grand reportage, infatigable voyageur et observateur, " un journaliste n’est pas un enfant de cœur qui précède la procession en répandant des pétales de fleurs, un homme qui écrit pour donner à voir mais quelqu’un dont l’ambition est d’amener à comprendre, à sentir et à juger".
C’est ainsi que Josette Alia, Présidente du jury de sélection des lauréats est revenue sur la situation critique de la liberté de la presse qui a partout reculé. Selon elle, "de la censure, on est passé à la répression et au kidnapping. Et si Albert Londres revenait donc en ce monde, il aurait encore beaucoup à faire. C’est pourquoi, il s’impose à tous les acteurs de la profession de continuer le travail de celui qui, comme il le prédisait dans son ouvrage Mourir pour Shangaï, a rendu son souffle sur "le champ de bataille", de retour de l’un de ses périples en Chine le 16 Mai 1932".
Albert Londres est auteur de plusieurs écrits et films dont, "Terre d’ébène", "La chine en folie", "Dans la Russie des Soviets", "Le chemin de Buenos Aires (la traite des blanches)", "Les amants du bagne", "Réception du général Gouraud".