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Sénégal | Entretien avec Moubarack Lô, Economiste : « Beaucoup de pays africains doivent démontrer qu’ils sont plus vertueux que certaines Ong »
Publié le 8 mai 2008 à 10h18

La crise alimentaire qui secoue le monde a posé un débat autour du rôle et de l’importance des certaines institutions internationales et des Ong dans la recherche des solutions. Ainsi, l’économiste Moubarack Lô analyse le phénomène et situe les responsabilités.


La Sentinelle : Depuis quelque temps, l’on note une crise alimentaire mondiale aigue. Du point de vue économique, qu’est ce qui explique ce phénomène ?

Moubarack Lô ; Il y a plusieurs phénomènes qui se télescopent. Et comme dans tous les marchés, il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande. Vous avez une production alimentaire qui progresse moins vite que la croissance démographique et ensuite, nous avons une partie de la production agricole qui est destinée à l’alimentation qui va aux biocarburants. Il y a aussi que la production agricole disponible pour l’alimentation est beaucoup plus faible aujourd’hui. En même temps, l’on note une augmentation de la demande, une augmentation mécanique qui découle de la croissance démographique. Cela est dû au fait que certains pays dont les populations étaient relativement pauvres sont devenues beaucoup plus riches, c’est le cas de la Chine et de l’Inde. Ces deux pays font plus de 2,4 milliards d’habitants, soit plus du tiers de la population mondiale. Donc, si ces deux pays bougent, cela se ressent dans l’économie mondiale. A cela s’ajoutent, dans certains pays, des sécheresses et des pluviométries déficitaires sans compter la question des politiques agricoles. Car, beaucoup de pays ont réduit ces dernières années l’encadrement apporté aux paysans, ce qui fait que les paysans reçoivent moins d’intrants, moins de crédits pour des prix aux producteurs très faibles.

La Sentinelle : Est-ce que le cas pour le Sénégal ?

M. L :Bien sûr. Il suffit de comparer la production agricole du Sénégal dans les années 80 à celle d’aujourd’hui pour s’en rendre compte. Il y a eu un effondrement total de la production agricole et dans tous les domaines. Il y a progression sur quelques produits mais, dans l’ensemble, ce sont des baisses qui sont notées. Cette situation est provoquée par la politique de désengagement de l’Etat du monde rural qui a été fait de manière précipitée. Ce sont les contre coups de ce phénomène qu’on est entrain de ressentir aujourd’hui.

La Sentinelle : N’est-ce pas pour rattraper ce retard que le Chef de l’Etat a lancé son programme de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) ? Et, selon vous, est-ce une bonne alternative ?

M.L : On ne peut pas ne pas saluer le fait que le gouvernement veuille améliorer la production alimentaire. Dans l’agriculture, nous avons diverses sortes de cultures. Celles qui tiennent la sécurité alimentaire sont les cultures vivrières, donc, c’est bien que le gouvernement ait des idées à ce sujet. Mais, il y a un problème de cohérence dans la politique agricole parce que ces six dernières années, il y a eu une succession de plans qui font qu’on n’a pas une visibilité très claire. On ne connaît pas la politique agricole du pays. Nous avons une loi agro-sylvo pastorale qui a été votée en 2003 dont les décrets d’application ne sont pas encore pris. Des fonds qui devaient être crées ne l’ont pas été. Aujourd’hui, le monde rural a des problèmes pour avoir des semences de qualité, du matériel agricole avec des prix qui ne sont pas incitatifs, de sorte que le paysan n’a aucune envie de vendre dans les circuits officiels sa production.

La Sentinelle : Vous dites que la crise alimentaire est mondiale au moment où l’organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (Fao) est la cible du Président Wade. Ce dernier demande même sa suppression pure et simple. Est-ce une bonne solution ?

« Dire qu’il faut dissoudre la Fao, c’est aller très vite en besogne »

M.L : D’abord, je dois préciser qu’il y a une confusion parce que la Fao ne s’occupe pas d’appui alimentaire. C’est une méprise. La mission de la Fao n’est pas de donner des vivres mais, plutôt de faire de l’assistance technique, de définir des politiques et leur mise en œuvre. Elle intervient notamment dans les conceptions des enquêtes statistiques agricoles, l’envoi d’experts sur le terrain, appuyer l’exécution de certains programmes. C’est le cas au Sénégal où on a appliqué, avec la Fao, certains projets comme le Projet spécial de sécurité alimentaire (Pssa). C’est cela le travail de la Fao, sans compter la formation.

A côté de la Fao, il y a le Fonds international pour le développement agricole (Fida) qui s’occupe du financement de l’agriculture et le Programme alimentaire mondial (Pam) pour l’appui alimentaire d’urgence. La Fao peut intervenir dans ces cas non pas pour donner de la nourriture, mais pour aider les populations cibles à produire, soit par des espèces à cycle court, soit à faire d’autres activités. Dans certains pays, il est arrivé que la Fao distribue des chèvres pour que les populations survivent en développant la production de lait. C’est cet ensemble qui constitue le dispositif mondial pour appuyer les pays pauvres et les pays en développement pour leur développement agricole.

Toutefois, on peut dire qu’il y a un dédoublement des fonctions, parce que le Fida ne se limite pas seulement au financement, il fait aussi de l’assistance technique. Finalement, on devra rendre plus cohérent et rationnel ce dispositif des Nations unies destiné au développement agricole. Je serais favorable à la création d’un Groupe mondial du développement similaire à la Banque mondiale. Il faudrait, au niveau des Nations unies, mettre à plat toutes ces institutions et réfléchir sur un holding et, petit à petit, l’on pourrait arriver à mettre en place un dispositif plus efficace. Mais, dire juste qu’il faut supprimer la Fao, c’est aller vite en besogne. Ce ne sont pas les organisations qui sont importantes mais plutôt les fonctions. Avant de cibler une organisation particulière, il faut voir ses fonctions. Les pays ont besoin de financements, de secours d’urgence. Il faut voir comment faire pour les remplir.

La Sentinelle : A partir de vos explications, peut-on imputer une part de responsabilité de la Fao dans cette crise ?

M.L : Je pense que la Fao n’est pas la Banque mondiale, car celle-ci a plus d’impact dans les politiques des pays que la Fao. Elle a plus de ressources et elle gère, avec le Fonds monétaire international (Fmi), les programmes macroéconomiques. Par contre, la Fao a un puissant rôle de plaidoyer mais n’a pas les moyens de ses ambitions. Donc, ce serait faire un mauvais procès à la Fao que de l’indexer dans l’échec des politiques agricoles. Tout aussi, on ne peut pas la déresponsabiliser totalement, elle a un rôle quelque part. Peut-être, elle aurait du améliorer ses plaidoyer ou suggérer une réforme de tout ce dispositif. Je pense qu’il faut rester modéré et juste dans les analyses et ne pas accuser d’une manière excessive telle ou telle institution.

« Le monde rural a faim »

La Sentinelle : Au niveau local, quelles sont, à votre avis, les recettes pour juguler le phénomène de la crise alimentaire ?

M.L : Il faut d’abord distinguer l’urgence, du moyen et du long terme et, j’ai l’impression que ce n’est pas clair dans la tête de tout le monde. L’urgence, c’est de ne pas avoir des populations qui tombent dans la famine car, la menace est là. Le monde rural a faim. Dans le dictionnaire, avoir faim signifie la famine mais, le mot « famine » est tellement chargé qu’on ne peut pas l’utiliser de manière décente. Donc, l’urgence est de sécuriser l’alimentation des populations. On a commencé par des dons de vivres mais c’est minime par rapport aux besoins des populations. Car, cinq kilos par personne, cela ne dépasse pas une ration de quinze ou jours alors que la période de soudure dure plus de deux mois. D’où la nécessité de trouver d’autres solutions. L’autre urgence est de bien préparer la campagne agricole. Il faudra faire de sorte que les semences, les intrants et le matériel agricole soient en place à temps. Pour ce qui est de moyen et long terme, le projet Goana entre dans ce cadre. Il y a une erreur de conception car, on a fixé des objectifs très ambitieux qui, même bons dans l’esprit, ne sont pas réalisables en un an. Le Sénégal ne peut pas réaliser 3 millions de tonnes de manioc et 2 millions de tonnes de maïs en trois mois. Il faut savoir raison garder. Les résultats seraient meilleurs s’il n’y avait pas la Goana. Comme le gouvernement fait un effet d’annonce, il est obligé de tenir une partie de ses promesses. Même s’il n’obtient pas 100% de ses objectifs, il pourra avoir entre 20 et 30%. Ce qui permettra de reprendre l’agriculture et de la relancer.

La Sentinelle : Il a été beaucoup question des derniers jours de l’implication et du rôle des Ong dans la distribution de l’aide aux pays nécessiteux. Le Président ne partage pas leur manière de travailler. Comment avez-vous analysé ce débat ?

M.L : On dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu, donc forcément, dans certaines crises africaines, l’on a vu des Ong arriver pour se servir. Mais, ce n’est pas un comportement global. On ne peut pas dire que les Ong prennent 90% des ressources, elles servent d’intermédiaire et récupèrent entre 10 et 13%. Il est arrivé qu’on dépasse ce montant. Parfois, les bailleurs négocient avec ces organisations à des taux plus faibles. En vérité, c’est aux pays de gérer ces fonds parce que, le bailleur de fonds peut ne pas faire confiance au dispositif national en faisant appel aux organisations internationales. Donc, c’est aux pays de démontrer que les fonds seront bien gérés. Le moment est venu de mettre un terme au dispositif où les fonds n’étaient pas logés dans des budgets publics mais, octroyés à des projets portés par les Ong. Cette période doit être révolue mais, parallèlement, il faut que les Etats réforment leurs procédures budgétaires pour amener de la transparence et garantir une bonne utilisation des ressources parce qu’un Etat prédateur et non transparent est pire qu’une Ong ou une institution internationale. Aujourd’hui, beaucoup de pays africains doivent démontrer qu’ils sont plus vertueux que certaines Ong que l’on cible.

Photo : Moubarack Lô



Ndiaga NDIAYE
 
 
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Pape | Sans titre

Pourquoi les analystes essaient toujours de faire l’impasse sur un fait unanimement connu : la corruption des dirigeants africains. Est-ce qu’il existe un seul dirigeant africain qui n’est pas corrompu ? je crois que non. Tous les chefs d’état africains avec leur famille vivent au-dessus de leur moyens, distribue de l’argent qu’ils n’ont pas. Aucun des critéres retenus pour ces analyses n’est valable. Il faut commencer par arréter la corruption, faire fonctionner les juridictions, limiter les mandats et libérer les prisonniers qui n’ont commis comme seul délit de ne pas être proche du pouvoir, tout le reste c’est de l’analyse farfelue. Même les problémes économiques ne peuvent pas être résolus à cause de cette gangrenne qu’est la corruption à trés haut niveau.

DIVA | Sans titre

Merci, M. LO vous avez parfaitement raison de demander aux états d’être transparents dans la gestion des fonds qui leurs sont alloués. A qui la faute, si les bailleurs de fonds ont^plus confiance aux ONG qu’à nos chefs d’états argentivores, voleurs, détourneurs d’objectifs, voraces ..... et j’en passe, n’allons pas loin, ici dans notre pays, l’alternance a tout opacifié, train de vie de l’état farramineux... et nous sommes étonnés de voir wade décrier le fonctionnement des ong, le ridicule ne tue pas dans ce pays. Il n’a qu’à balayer devant sa porte d’abord, en libérant le palais de ces pédophile, voleurs, conseillers nuls, et tricheurs avec des CV à nous faire pleurer pendant que les gens étaient à l’université en train de suer, ils étaient là à brûler les bus de la défunte SOTRAC et maintenant ils maquillent leur CV ....tous des nullards et ce ne sont pas ces gens là qui vont prendre la place des paysans et réussir la GOANA qui est une bonne idée mais réalisable dans le long terme et non pas au mois de novembre 2008. Nous jouerons notre rôle de SENTINELLE car trop c’est trop et nous serons tous comptables devant ALLAH. Qu’on nous parle de la production de riz de l’année 1999 au SENEGAL, si wade s’en était occupé alors, aujourd’hui on ne parlerait pas de famine mais d’autosuffisance alimentaire en RIZ, car c’est cette céréale qui nous intéresse au plus haut point.

 
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