MAURITANIE Fragilité des gouvernements Publié le 4 février 2010 a 03:27 par Birome Guèye
S’il est une chose dont les mauritaniens raffolent, ce sont les remaniements ministériels. A peine un gouvernement mis en place, que l’on appelle à la formation d’un autre pour différentes raisons, bien peu objectives. Le Gouvernement de Ould Mohamed Laghdaf n’échappe pas à la règle et, d’aucuns prédisent déjà sa chute imminente. En attendant, chacun y va de son pronostic et, certains noms de futurs ministres commencent même à circuler.
C’est une coutume dorénavant en Mauritanie que de spéculer sur les changements de gouvernement. Un fait surtout remarqué après la formation du premier gouvernement de l’ex Président Sidi Ould Cheikh Abdellahi en fin avril 2007. En effet, Zeine Ould Zeidane avait été au centre d’une violente campagne appelant au changement à peine son équipe gouvernementale formée.
Le Président Ould Cheikh Abdellahi serrait les poings refusant de démettre son allié qui lui avait permis de remporter la première élection présidentielle libre en Mauritanie. Mais face à la montée des critiques venant surtout de son camp, l’ex Président se séparait de son Premier Ministre une année après. Le premier Ministre suivant, Yahya Ould Mohamed Ould Waghef, qui dut former 2 équipes en 2 mois, ne put même pas travailler, son gouvernement étant sous la menace d’un vote de défiance, piloté par les parlementaires appartenant au camp présidentiel.
Après une crise politique aigue, le Président Sidi Ould Cheikh Abdellahi était renversé un matin du 06 août 2008. L’actuel Premier ministre Ould Moulaye Laghdaf dirigeait alors le nouvel attelage de la transition militaire jusqu’à l’organisation de l’élection présidentielle. Jugé mou et peu entreprenant, le Premier Ministre s’attirait déjà une salve de critiques venant de tous les horizons.
Sa reconduction au lendemain de la victoire de Ould Abdel Aziz surprenait de nombreux analystes politiques mauritaniens. Le Premier Ministre, déjà critiqué lors de la transition, ne pouvait s’attendre à un meilleur sort. Même la majorité de ses ministres sont aujourd’hui régulièrement passés au pilori par la presse libre mais également par de fervents soutiens du Président. On reproche à ce gouvernement une certaine passivité et un manque de créativité puisque le Président est obligé à chaque fois de monter au créneau pour la moindre décision.
Mais à y voir de près, il se trouve que le pouvoir est centralisé par un puissant Président qui entend changer les anciennes méthodes de gouvernement. Les ministres, de peur de mal faire ou de fâcher le boss n’osent pas prendre de grandes initiatives. Qui connaît l’administration mauritanienne, sait aussi que bien souvent, les ministres n’ont pas la main mise sur leurs départements, devant souvent travailler avec une équipe qu’ils n’ont pas forcément choisie. Face à une demande populaire qui veut voir des choses concrètes et un hyper Président, la marge de manœuvre des ministres est bien réduite. Il faut également souligner que le choix de certains ministres reste encore incompris quand on parle de performance. Et c’est là que les principaux critiques du pouvoir de Ould Abdel Aziz font mouche car, force est de reconnaître que certaines nominations ont paru bien plus que complaisantes et que certains ministres ont paru perdu dans leurs départements au lendemain de leur désignation.
En tout état de cause, il semble bien que les jours de ce gouvernement sont comptés et que d’ici peu, une nouvelle équipe verra le jour avec la possibilité de voir les partis comme Tawassoul (islamistes modérés), l’AJD/MR de Sarr Ibrahima et le MPR de Kane Hamidou Baba, y faire leur entrée.